Dans sa rétrospective hebdomadaire publiée le 14 juillet 2026, le NCSC, le centre national suisse pour la cybersécurité, tire un signal d’alarme discret mais important : il reçoit de nombreux signalements de cas où des images générées par intelligence artificielle servent à tromper leurs victimes. La technologie qui produisait, il y a peu, des visages grossièrement déformés fabrique aujourd’hui des visuels crédibles au premier coup d’oeil. Pour un dirigeant de PME, cela déplace un repère que beaucoup pensaient fiable : une image ne prouve plus rien.

Des images de synthèse au service de la fraude

Le NCSC décrit plusieurs usages concrets. Beaucoup de signalements concernent de faux sites d’investissement, où des captures d’écran et des visuels fabriqués donnent l’illusion d’une plateforme sérieuse et de rendements bien réels. D’autres cas relèvent du quotidien d’une entreprise : de fausses quittances de la Poste, de fausses annonces d’emploi, ou des tentatives d’hameçonnage habillées d’un décor visuel convaincant pour soutirer des identifiants de connexion.

Le point commun de ces arnaques n’est pas nouveau : il s’agit toujours d’inspirer confiance. Ce qui change, c’est le coût. Fabriquer un faux document ou un faux visage demandait naguère du temps et un vrai savoir-faire ; aujourd’hui, quelques secondes suffisent, et le résultat trompe une lecture rapide.

Pourquoi cela concerne aussi votre PME

Une petite entreprise croise ces images sans toujours le savoir. Une facture qui semble venir d’un transporteur connu, une photo de profil qui crédibilise un faux fournisseur, un site de paiement dont l’apparence est irréprochable : autant de portes que ces visuels rendent plus faciles à ouvrir. Le danger n’est pas l’image en elle-même, mais la décision qu’elle pousse à prendre, un virement, un clic, la saisie d’un mot de passe.

Le NCSC rappelle par ailleurs, sur sa page consacrée à la fraude à l’investissement, un principe qui reste valable quelle que soit la qualité des visuels : plus le rendement promis est élevé, plus le risque l’est aussi, et une vigilance particulière s’impose face à un prestataire financier qui n’est pas agréé par la FINMA. L’image sert de vernis, elle ne remplace jamais une vérification.

Les indices qui trahissent une image générée

Le NCSC détaille plusieurs points d’attention. Sur les mains et les visages, on repère souvent un nombre de doigts irrégulier, une peau à l’aspect plastique, des reflets incohérents dans les bijoux ou les lunettes, parfois des oreilles anormalement longues. Sur les paysages, les scènes de lever ou de coucher de soleil affichent des contrastes de couleurs exagérés, presque impossibles dans la réalité, et l’on retrouve des éléments architecturaux répétés à l’identique.

Dans les scènes de groupe ou les arrière-plans, d’autres signaux apparaissent : un flou là où il ne devrait pas y en avoir, des objets en trop ou manquants, des membres déformés, ou des ombres qui tombent dans des directions incohérentes.

Le texte, un révélateur qui reste fiable

Le texte demeure l’un des points faibles les plus utiles à connaître. Sur une image générée, les lettres semblent souvent posées par-dessus l’image plutôt qu’intégrées naturellement à la scène, et des fautes d’orthographe persistent. Un logo bancal, un cachet illisible ou une mention légale approximative sur une prétendue facture officielle sont des signaux à prendre au sérieux. Ce réflexe rejoint celui que l’on applique déjà pour reconnaître un e-mail de phishing : ce sont les détails négligés qui trahissent la contrefaçon.

Une course technologique à ne pas perdre de vue

Le NCSC est lucide : ces indices deviennent de moins en moins évidents à mesure que la technologie progresse. Il prévient que l’identification reposera de plus en plus sur des incohérences subtiles de perspective, de contexte, de proportions ou de logique interne, et non plus sur des défauts flagrants. Autrement dit, la liste de contrôle d’aujourd’hui sera partiellement dépassée demain.

La même mécanique nourrit d’autres attaques, comme le clonage de la voix d’un dirigeant pour ordonner un virement. Face à des faux de mieux en mieux fabriqués, la parade ne peut plus reposer sur le seul examen du contenu. Elle passe par la procédure : rappeler un fournisseur sur un numéro connu, exiger une double validation pour un paiement, ne jamais agir dans l’urgence imposée par un message. Ces réflexes relèvent de la même culture que la résistance à l’ingénierie sociale.

En conclusion

Apprendre à repérer une image générée est utile, et vos collaborateurs gagneront à connaître ces indices. Mais la technologie avance plus vite que les listes de contrôle, et compter uniquement sur l’oeil humain serait fragile. La vraie protection consiste à bâtir des procédures qui rendent une image, aussi crédible soit-elle, insuffisante pour déclencher une action sensible. Déterminer où votre entreprise est réellement exposée, et quels contrôles simples couperaient le plus de risques, suppose un regard adapté à votre organisation. C’est ce qu’apporte une analyse conçue pour votre situation, plutôt qu’une vigilance générale qui vieillit au rythme des progrès des faussaires.